Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

La culture pour témoigner

vendredi 5 juin 2009, par Vistoli Marion

L’UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE : LA CULTURE POUR TEMOIGNER

 

 La culture, c’est ce qui permet de créer un témoignage universel. Ce fut le cas pour la période post-concentrationnaire. Les livres furent la première forme de témoignage utilisée : dés 1945, les déportés reviennent des camps et veulent déjà partager le traumatisme de la Shoah : en seulement 3 ans, plus de 200 livres sont rédigés par les survivants, venant de chaque nationalité, de chaque milieu social : qu’ils soient chimistes comme Primo Lévi, écrivains ou ouvriers, qu’ils considèrent l’écriture comme un devoir ou comme une thérapie, chacun apporte une réflexion nécessaire et spontanée sur le sujet de la Shoah. Et s’ils n’étaient pas écoutés, pas cru au départ, ils sont aujourd’hui la plus grande trace des ravages de l’holocauste.

En littérature, la poésie fut également un mode très utilisé durant la période post-concentrationnaire. Déportés ou écrivains, chacun rend hommage aux victimes de cette période sombre de l’histoire. Les vers rendent le témoignage plus littéraire, et que ce soit en chanson ou à travers de simples poèmes, les auteurs exploitent le sujet concentrationnaire au maximum comme témoignage ou comme devoir de mémoire.

 

NUL NE REVEILLERA CETTE NUIT LES DORMEURS

 

« Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs
Il n’y aura pas à courir les pieds nus dans la neige
Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches
jusqu’au matin
Ni marquer le pas le genou plié devant un
gymnasiarque dément
Les femmes de quatre-vingt-trois ans
les cardiaques ceux qui justement
Ont la fièvre ou des douleurs articulaires
ou Je ne sais pas moi les tuberculeux
N’écouteront pas les pas dans l’ombre qui
s’approchent
Regardant leurs doigts déjà qui s’en vont en fumée
Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs


Ton corps
Ton corps n’est plus le chien qui rôde et qui ramasse
Dans l’ordure ce qui peut lui faire un repas
Ton corps n’est plus le chien qui saute sous le fouet
Ton corps n’est plus cette dérive aux eaux d’Europe
Ton corps n’est plus cette stagnation cette rancoeur
Ton corps n’est plus la promiscuité des autres
N’est plus sa propre puanteur
Homme ou femme tu dors dans des linges lavés
Quand tes yeux sont fermés quelles sont les images
Qui repassent au fond de leur obscur écrin
Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin
Fuit devant les harpons d’un souvenir sauvage
Quand tes yeux sont fermés revois-tu revoit-on
Mourir aurait été si doux à l’instant même
Dans l’épouvante où l’équilibre est stratagème
Le cadavre debout dans l’ombre du wagon
Quand tes yeux sont fermés quel charançon les
ronge
Quand tes yeux sont fermés les loups font-ils le beau
Quand tes yeux sont fermés ainsi que des tombeaux
Sur des morts sans suaire en l’absence des songes


Tes yeux
Homme ou femme retour d’enfer
Familiers d’autres crépuscules
Le goût de soufre aux lèvres gâtant le pain frais
Les réflexes démesurés à la quiétude villageoise de
la vie
Comparant tout sans le vouloir à la torture
Déshabitués de tout
Hommes et femmes inhabiles à ce semblant de
bonheur revenu
Les mains timides aux têtes d’enfants
Le coeur étonné de battre


Leurs yeux
Derrière leurs yeux pourtant cette histoire
Cette conscience de l’abîme
Et l’abîme
Où c’est trop d’une fois pour l’homme être tombé
Il y a dans ce monde nouveau tant de gens
Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur
Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens
Pour qui toute douceur est désormais étrange
Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens
Que leurs propres enfants ne pourront pas
comprendre
Oh vous qui passez
Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs »

 Louis Aragon

 

Au cinéma, les réalisateurs mettent un certain temps avant de créer des films abordant la Shoah et le système concentrationnaire. C’est seulement vers 1955 que les premiers films apparaissent : Alain Resnais est rendu célèbre par son film Nuit et Brouillard, documentaire de seulement 32 minutes, mais extrêmement frappant ( et qui encore, n’évoque pas le génocide des juifs..). C’est dès 1970 que les œuvres s’enchaînent, et que des documentaires aux adaptations, le cinéma choque, sensibilise, fait découvrir une vérité insoutenable qu’on avait préféré dissimuler.

De nombreux musées témoignent objectivement du système concentrationnaire et du génocide : qu’ils soient situés dans les camps de concentration encore debout (comme à Auschwitz) ou sur le reste des fondations de ces camps de l’enfer, les musées montrent archives, photos à un public de tout âge et de toute nationalité : le drame a été vécu par toute l’Europe, son témoignage et son souvenir se doivent d’être UNIVERSEL.

On compte également de nombreux témoignages à travers le théâtre, la photographie, la peinture, la sculpture... Tous les moyens artistiques et culturels ont été exploités afin d’informer sur ce passé trop lourd de l’histoire encore trop souvent nié. La culture permet une ouverture d’un témoignage sur le monde entier, et le but n’est pas le plus souvent de témoigner mais aussi d’appeler au souvenir du génocide et du système concentrationnaire nazi, afin de ne plus reproduire l’irréparable. 

 

Alyssa Lalli

Elisa Lopez

Joris Raveux

Franck Reusa

Marion Vistoli

 

 
Lycée Val de Durance – Route de l'étang de la bonde - 84123 Pertuis – Responsable de publication : Mme Bonal
Dernière mise à jour : lundi 25 janvier 2021 – Tous droits réservés © 2008-2021, Académie d'Aix-Marseille