Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

HANNAH ARENDT

jeudi 4 juin 2009

Le système totalitaire

Hannah Arendt a reçu sa formation philosophique en Allemagne et c’est aux États-Unis, où elle a émigré, qu’elle produit l’essentiel de son œuvre. Le système totalitaire, son premier grand livre de philosophie politique, est rédigé dans l’immédiat après-guerre, c’est-à-dire à une époque où le monde venait de découvrir toute la monstruosité du nazisme et où, d’autre part, il n’était plus possible d’ignorer la dimension criminelle du régime soviétique. Dans ce livre, il s’agit pour elle de répondre à ces trois questions : « Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi cela s’est-il passé ? Comment cela a-t-il été possible ? »
Cette triple interrogation a pour objet un type de régime entièrement nouveau dont le nazisme et le communisme sont aux yeux d’Hannah Arendt, deux variantes étroitement apparentées : le totalitarisme. Ce terme, propre au vocabulaire politique du XXe siècle, désigne une forme de domination politique bien différente de ce qu’on avait toujours connu sous le nom de tyrannie ou de despotisme.
On doit à Montesquieu l’analyse du despotisme comme gouvernement sans lois. Le despote traditionnel exerce le pouvoir de façon arbitraire dans le but d’éliminer ses ennemis et d’entraver toute tentative de révolte. Or le totalitarisme ne correspond pas à cette définition et un fait suffit à le montrer : l’oppression exercée par Hitler ou Staline n’a jamais été plus grande que lorsque, ayant écrasé toute opposition organisée, ils n’eurent plus d’adversaires politiques à redouter. En effet le totalitarisme n’est pas un simple moyen de conquérir ou de conserver le pouvoir dans un pays. Son projet spécifique est de soumettre l’humanité entière à l’emprise de lois implacables : lois de la nature avec le nazisme, lois de l’histoire avec le communisme. Hannah Arendt analyse, dans les deux premières parties du chapitre IV, les deux composantes essentielles de ce régime la terreur et l’idéologie. Dans la dernière partie, elle s’efforce de comprendre l’expérience particulière de l’humanité par laquelle ce système politique entièrement nouveau a été rendu possible.
Gérard CHOMIENNE, Lire les philosophes, 2004.

La nécessité du dialogue

Le totalitarisme est une organisation de la société qui isole les individus les uns des autres, leur impose leurs idées et leurs conduites.
La communauté humaine atomisée est ainsi réduite à une masse inerte et soumise : toute prétention à penser est alors un délit, la recherche d’un dialogue ouvert et contradictoire devient un crime. Dans La Condition de l’homme moderne (1958), Hannah Arendt souligne la nécessité de nouer un lien entre les hommes pour échapper aux chaînes d’un État tout-puissant. L’action politique peut mettre les hommes en relation les uns avec les autres mais seul le dialogue permet d’instaurer un espace public : une communauté dans laquelle des individus profondément différents par leur culture et leur conviction parviennent à s’écouter et parfois à se comprendre sans rien renier de leurs particularités.
Cet échange libre et réciproque des pensées suppose que tous respectent le principe d’égalité entre les personnes. L’absence d’égalité dans le dialogue rend vaine la volonté même de dialoguer.
Vladimir BIAGGI et Guillaume MONSAINGEON, Philo, 2006.

 
Lycée Val de Durance – Route de l'étang de la bonde - 84123 Pertuis – Responsable de publication : Mme Bonal
Dernière mise à jour : lundi 17 juin 2019 – Tous droits réservés © 2008-2019, Académie d'Aix-Marseille