Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

LES VETEMENTS

jeudi 4 juin 2009

L’objet que j’ai choisi est l’habit que portaient les déportés dans les camps. Il les protégeait du froid et servait de vêtement de tous les jours.
J’ai choisi cet objet car pour moi il représente bien les dures conditions de vie dans les camps.

Je suis rayé, porte un numéro et un insigne. Je suis l’habit de déporté dans les camps. Dur à croire quand on me voit que j’étais l’une de leur rare protection contre le froid. Au tout début on m’appropria à un déporté politique, un communiste allemand. De nombreuses fois il rafistola avec ce qu’il trouvait les déchirures qu’il me faisait en s’accrochant notamment une vis qui dépassait de la porte d’une des baraques. Hélas ce brave homme mourut peu de temps après son arrivée au camp. Je crus alors ma vie finie mais on me donna un nouveau propriétaire, un Juif français cette fois. Les Allemands changèrent mon numéro et on me cousit une étoile de David et j’appartins à cet homme jusqu’à sa mort. Je fis comme ça le tour de cinq propriétaires différents.
Le dernier fut un Juif hongrois d’une vingtaine d’années. À son arrivée, il était déjà très maigre je ne lui donnais pas longtemps à vivre. Mais il fut choisi car les Allemands manquaient cruellement de main d’œuvre. Et c’est pourtant sur lui que les Russes me retrouvèrent quand ils libérèrent le camp.
Je me trouve aujourd’hui à Paris, au Mémorial de la Shoah où les visiteurs passent de longues minutes devant moi, horrifiés en m’imaginant sur leurs épaules avec une température de -30°C.
Marjorie BOUQUIN

Rôle de l’objet : Vêtir un homme de la même façon que tous les autres dans la volonté de déshumanisation.

Je suis un vieux vêtement de coton. Aujourd’hui, je suis placé derrière cette vitre, où passent tous les jours des centaines de personnes. Je ne comprends pas très bien ce qui m’arrive. Quelques fois, les gens me regardent en pleurant, d’autres en riant, certains même prennent un air de compassion, je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’avant d’arriver là, j’en ai connu des choses.
Mon premier souvenir remonte à janvier 1942. Ce jour-là, je me rappelle que des mains douces assemblaient mes pièces dans une grande usine en Allemagne. Ensuite, j’ai été entassé avec beaucoup d’autres dans un petit carton qui a eu alors du mal à fermer ; nous étions trop nombreux. Puis un homme est venu nous chercher, il a jeté notre carton dans un camion. Le voyage a été long, chaque inégalité de la route nous la ressentions, nous resserrant à chaque fois un peu plus les uns contre les autres. Au bout de trois jours, le camion s’est arrêté, nous entendions alors les portes s’ouvrir. Un homme nous a emmenés à quelques mètres d’un grand bâtiment. Tout était silencieux, pour le moment. Tout à coup, on a entendu des hommes parler en allemand, peu après quelqu’un a ouvert notre carton ce qui nous a permis de voir le jour. Tout était sombre autour de nous, une épaisse fumée grise s’échappait d’une immense cheminée que l’on pouvait apercevoir au loin. Au bout de quelques minutes, une nuée d’hommes nus est arrivée vers nous. Ils sont passés tous un par un devant un homme assis près de nous. Peu à peu, mes compagnons sont partis, jusqu’au moment où est venu mon tour. J’étais maintenant dans les mains d’un homme âgé d’une vingtaine d’années qui s’est empressé de se mettre à l’intérieur de mes mailles. Je sentais son cœur, il battait très vite. L’homme s’est dirigé alors vers un soldat assis près d’une table. On m’a fixé une grande étoile jaune sur ma gauche et un petit numéro sur ma manche droite. J’étais maintenant le costume numéro 176.238. J’ai très vite compris que mon propriétaire, Erich si je me souviens bien, n’était pas très heureux d’être ici. La nuit, j’ai retrouvé un de mes compagnons de carton qui était serré à moi par le biais de l’homme qui l’habitait. Le lendemain matin, Erich s’est levé et s’est dirigé vers une grande place où étaient rangés des milliers d’autres hommes. Nous sommes alors partis travailler. Cela a duré des mois ; le travail était dur, les nuits courtes et les conditions de vie atroces, jusqu’au jour où Erich est tombé sous le wagon qu’il poussait, ce qui m’a fait perdre la moitié de ma jambe. On l’a dirigé alors vers une sorte d’infirmerie où un vieil homme l’a examiné brièvement et a fait un signe de tête au soldat qui l’accompagnait. On a emmené alors Erich et moi devant un grand bâtiment où était écrit « duschen » et qui se trouvait près de l’immense cheminée. De nombreux hommes fraîchement arrivés étaient en rang devant deux grandes portes. Erich s’est déshabillé, conformément aux ordres qu’il avait reçus et m’a posé de ses mains tremblantes dans une caisse à quelques mètres avant ces portes. Elles se sont fermées ; je n’ai plus jamais revu Erich. Quelques mois plus tard, nous avons entendu des explosions, peu après quoi nous avons entendu parler des hommes en russe. Une terrible agitation a eu lieu alors. Plus rien ne s’est passé pendant plusieurs semaines. Un jour, j’ai vu arriver un homme avec des lunettes et un appareil photo. Il m’a photographié puis m’a pris délicatement et m’a posé dans une grande valise. Lorsque j’ai revu le jour, j’étais en face de cette vitrine. L’homme qui m’avait enfermé discutait avec un autre d’un air désespéré. Le deuxième homme a ouvert alors la vitrine et m’a placé là, entre cette gamelle et ce chapeau, depuis je vois défiler chaque jour de nombreuses personnes...
Clément BREST

 
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