Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

DES ROBES

jeudi 4 juin 2009

L’objet qui m’a particulièrement touchée au Mémorial de la Shoah est une robe de jeune fille, avec sur le côté un étoile de David cousue, l’étoile désignant les Juifs. Cette robe est accompagnée d’une photo où on peut observer une jeune fille porter la robe, cette photo est très belle. Elle sert à rappeler aux gens que n’importe quelle petite fille ou enfant, femme, homme pouvaient être arrêtés. En effet, cette robe a été portée par une petite fille comme les autres. La seule différence c’est qu’elle avait des parents juifs. J’ai choisi cet objet car c’est celui qui m’a permis de supprimer la distance entre la Shoah et mes émotions, mes sentiments.

Nous sommes le 26 août 1942, j’habite en France dans une famille juive, aujourd’hui je suis de sortie. Il est dix heures du matin, trois personnes entrent dans la maison ce sont des policiers français, ils viennent nous arrêter. Ils ont attrapé le père d’Emma et l’ont déjà mis dans le camion, ils nous courent après. J’ai très peur, je sanglote. Quand tout à coup ils nous attrapent, nous sommes serrées et entassées dans ce même camion, avec deux cents autres Juifs. Je reconnais Caroline, la copine d’Emma elle aussi est en pleurs. Quelques heures plus tard, nous arrivons aux Milles. Là-bas nous n’avons rien, ni lit, ni nourriture c’est l’horreur.
Le lendemain, nous sommes transférées au camp de Drancy. Je suis très sale, Emma aussi. Nous arrivons à Drancy, le père d’Emma est parti, on ne le trouve plus. Je vois énormément de personnes, toutes plus maigres les unes que les autres, il y a aussi beaucoup de sang sur le sol et évidemment des corps … Quelques jours plus tard on nous fait monter de force dans un train, à l’intérieur on comprend que nous sommes voués à la mort. De plus, nous venons d’apprendre que le père d’Emma est décédé…Nous sommes tous en pleurs. Le trajet dans le train est atroce, les conditions sont insurmontables. De nombreuses personnes pleuraient, l’odeur était infecte, nous ne pouvions pas dormir et nous n’étions pas nourris. Au bout de trois jours et quelques heures, Emma ne tenait plus debout, mais nous n’avions pas assez de place pour l’allonger. Elle était très souffrante, elle est tombée et elle est morte, c’était … AFFREUX.
À l’arrivée à Auschwitz ils m’ont donc retirée de son corps et m’ont jetée sur un tas d’autres vêtements. Pendant des années j’ai vu de cet endroit toutes les souffrances possibles et inimaginables… J’ai vu le sadisme, l’horreur… tout.
Puis cinq ans après, en 1947, à la fin de toute cette misère, des personnes m’ont retrouvée, moi et mon étoile de David presque décousue, ils nous ont mises de côté et nous ont gardées.
Voilà comment, de nombreuses années plus tard je suis arrivée au Mémorial de la Shoah avec tout mon vécu, mes souffrances et mes souvenirs. Et je m’y sens utile.
Amélie DIMECH

Je suis une robe, Sarah ne me porte que pour les grandes occasions comme les jours de shabbat et m’aime de tout son cœur. J’ai toutefois du mal à cohabiter avec une étoile jaune qui s’est malheureusement installée par obligation, sur mon scintillant tissu rouge depuis quelques mois. Pourquoi ? Je n’ai jamais entendu de réponse. Il y a quelque temps, j’ai été portée pour une grande occasion, Sarah devait se diriger vers un endroit lointain où son peuple pourrait vivre en toute sécurité. Malheureusement, ce voyage vers l’inconnu fut marqué dès le début par l’horreur. Arrivée dans une gare, un SS a agrippé ma manche gauche et a fait signe à la mère de monter dans ce wagon. Ce wagon était sombre, Sarah avait peur comme l’ensemble des personnes présentes. L’odeur était insoutenable, Sarah me tirait vers le bas comme jamais, je pouvais sentir son anxiété dans ses mains moites. Le train s’est arrêté, un air froid et sec s’est alors emparé du wagon qui était ouvert par un SS, qui, d’un geste machinal m’a tirée par la manche. J’ai ressenti une grande brutalité, ma manche gauche s’est craquée, le SS m’a transportée vers une file. Sarah était perdue. Où cette personne qui criait si violemment l’avait-elle laissée ? Elle a alors aperçu sa mère, Sarah s’est précipitée alors vers elle. La même personne qui l’avait éloignée s’est tournée et a brandi une arme en criant : « Störfaktor » j’ai atteint violemment le sol. Mon rouge scintillant a été plus sombre, et marqué par la tragédie. En observant autour de moi, tout était sans vie, on pouvait observer des femmes rasées, des enfants déboussolés ; il est possible que Sarah ait eu la chance de rejoindre un monde meilleur, l’enfer était sur terre. Personne ne s’intéressait à moi. Un kapo l’a prise par le derrière transportant son corps sans vie. Sur la route, j’ai pu observer des hommes frêles, pâles. On pouvait lire sur leurs visages qu’ils luttaient contre la mort s’agrippant avec le peu de force mentale, qui pouvait leur rester, à la vie. Je me suis approchée d’une épaisse fumée. J’ai vu des corps autour de ce feu, les femmes et les enfants étaient autour nus, rasés, entassés, leurs yeux n’étaient plus visibles, comme brûlés et leurs ongles étaient usés jusqu’au sang. Un SS a interpelé le kapo et lui a fait signe de m’enlever de ma pauvre Sarah. J’ai donc été emmenée vers un grenier où étaient stockés des milliers de vêtements comme moi, ce qui montrait l’horrible dimension du massacre établi par le barbarisme nazi.
Depuis quelques années, je vis désormais dans un mémorial qui permet de représenter Sarah qui aurait pu témoigner ayant été victime du barbarisme nazie. Désormais, les gens passent émus, m’observent et analysent la photo de Sarah si proche de moi. Je vis désormais en harmonie avec l’étoile jaune, qui constitue une preuve permettant au monde de lutter contre l’oubli, contre le mensonge, j’inspire désormais à la fois un souhait de compassion pour le peuple de Sarah et insiste sur la nécessité de créer un monde pacifique et tolérant dépourvu de haine incompréhensible.
Franck REUSA

 
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