Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

UNE MACHINE AGRICOLE

jeudi 4 juin 2009

Parmi tout ce que nous avons pu rencontrer lors de la visite du Mémorial de la Shoah, j’ai décidé de choisir la machine agricole, objet qui m’a beaucoup marqué par son utilité au sein des camps de concentration. En effet, cette machine agricole, peu rare à l’époque dans les champs, était destinée à broyer des céréales pour sûrement en faire de la farine. Cependant, elle fut réquisitionnée par les nazis, qui s’en servirent pour broyer les os des Juifs morts pour ne pas laisser de trace.

Je suis une machine agricole que l’on rencontre souvent dans les champs à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, et pendant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler.
En effet, j’appartenais à l’origine à Monsieur Blanc, agriculteur exploitant possédant une ferme dans les environs de Rouen en Haute Normandie, territoire occupé par les Allemands.
Mon propriétaire se servait de moi après la récolte de ses céréales : le blé et l’orge. Il me sollicitait pour que je broie ses céréales afin d’en faire de la farine, pour qu’il puisse ensuite la vendre. Pour me faire fonctionner, M. Blanc me versait ses céréales dans le trou qui se trouve au-dessus, et tournait la manivelle de façon à ce que je puisse les écraser parfaitement. Le plus souvent, j’étais utile pour le blé, quant à l’orge, c’était une consœur qui le broyait.
Tout allait au mieux pour mon propriétaire et pour moi sur sa petite exploitation, jusqu’à un jour d’août 1943. C’était le mardi 3 août. Ce jour-là, un officier nazi vint voir M. Blanc et lui ordonna de faire don de moi-même aux Allemands, sous peine de mort s’il refusait. Se voyant contraint d’obéir aux ordres, mon patron me laissa entre leurs griffes. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver.
Tout d’abord ils me prirent et me disposèrent dans la remorque de leur camionnette. Ensuite, nous entamâmes un long voyage jusqu’à Drancy, camp de transit des Juifs qui les envoyait ensuite à Auschwitz en Pologne. Arrivée là-bas, je fus horrifiée de voir tous ces pauvres gens rachitiques, mourir de faim et vivre dans des conditions de vie inqualifiables, et cruelles.
Puis les officiers nazis, m’embarquèrent dans un convoi où se trouvaient entassés d’innombrables Juifs. Je compris que l’avenir s’annonçait plutôt mal.
Après trois jours de voyage à peu près, nous arrivâmes à Auschwitz. Ici je fus déchargée du train par des Juifs que je reconnus à leurs uniformes rayés et aux mauvais traitements qu’ils recevaient de la part des SS. Je fus emmenée jusqu’au camp d’Auschwitz II-Birkenau, et entreposée dans un bâtiment en bois. Je ne vis pas la lumière durant à peu près quatre-cinq jours, jusqu’à ce qu’encore des Juifs vinssent me chercher afin de me mettre dehors, non loin d’un bâtiment muni d’une grosse cheminée, d’où sortait jour et nuit de la fumée. Je ne compris pas tout de suite mon utilité, proche de cet horrible lieu.
Quelques heures seulement après mon dépôt en ces lieux, je vis d’autres Juifs arriver avec des os. Je me demandais ce qu’ils allaient bien pouvoir en faire. Je les voyais se diriger vers moi. Arrivés à moi, je pus deviner que c’était des ossements humains, que les SS avaient sûrement ordonné de broyer. Je vis ses os rentrer dans le trou au-dessus de moi, et là un prisonnier commença à tourner ma manivelle pour je broie ces os. J’essayais de résister, ne voulant pas commettre ces horreurs. Mais après tout je ne suis qu’un objet inventé par l’Homme. Et que peut faire un objet face à son maître ? Alors je dus accepter ma lourde tâche et la réaliser pendant longtemps, longtemps. Les jours paraissaient interminables et répétitifs. Je ne saurais pas dire précisément durant combien de temps j’ai, malgré moi, commis ces crimes affreux. Je dirais environ deux ans. Un beau jour, je vis les SS s’affoler, essayant d’exterminer tous les Juifs restant, et là je compris que c’était la fin. Les Allemands s’enfuirent du camp laissant sans le savoir quelques Juifs survivants ainsi que moi. Les alliés venaient de libérer le camp.
Après tout cela, je fus récupéré par un paysan polonais qui m’emmena jusqu’à sa ferme et se servit de moi durant une décennie et qui ensuite me laissa seule dans son hangar, inutile.
Heureusement, un beau jour de 1963, je fus vendue à un Français, qui m’emmena jusqu’à Paris dans un endroit s’appelant le Mémorial de la Shoah.
Je fus disposée dans une pièce et une pancarte me fut collée dessus, retraçant mon histoire. Enfin, je fus montrée aux visiteurs lors de l’ouverture.
Je sers à témoigner des horreurs de la Seconde Guerre mondiale et notamment des crimes nazis, de l’Holocauste. Je ne pourrais jamais oublier mon parcours et les crimes, commis à mon insu, et je garderai toujours au fond de moi, le traumatisme et la souffrance de cette guerre.
Philippe BERLENGUE

 
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