Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

LA COUVERTURE

jeudi 4 juin 2009

Les couvertures fabriquées avec des cheveux de déportés, leur permettaient de se couvrir pour éviter qu’ils ne meurent de froid. Dans le musée de la Shoah, cet objet historique disposé avec les autres pièces historiques recueillies, permet de démontrer les conditions de survie désastreuses des Juifs dans les camps. Cet objet marque également les esprits et prouve aux négationnistes que rien n’a été inventé.

Née de cheveux d’hommes et de femmes rasés, puis gazés ou soumis au travail forcé, après un passage à l’industrie, j’ai servi pendant plus de trois années à essayer, malgré ma fine épaisseur à couvrir, tant bien que mal mes protégés.
La première fois que j’ai servi, ce fut pour un jeune homme aigri qui pleurait de désespoir en s’accrochant de toutes ses forces à moi comme si on pouvait m’enlever. J’ai bien essayé de le protéger. Mais trop faible, trop amaigri, il a péri gazé ou fusillé comme les autres.
Le second était plus âgé, mais il avait un mental d’acier, jamais il ne pleurait. Il ne me demandait rien. Au fur et à mesure que les jours passaient, je me sentais de plus en plus efficace. Je parvenais à me dédoubler. Tellement maigre il était que je sentais ses os à travers moi. Mais cela ne dura pas. Quelques jours suivirent et c’est dans mes bras, que je sentis son dernier souffle, son dernier battement de cœur retentir.
La dernière personne ou plutôt les dernières personnes, que je protégeais furent un adolescent et un homme dont je ne parvenais pas à définir l’âge. Tous les soirs, j’étais étiré d’un côté et de l’autre du lit. Ils voulaient m’avoir pour eux seuls. Un soir l’adolescent revint tout seul se coucher. Ses larmes me suffirent pour comprendre ce qui s’était passé. C’est alors qu’il se mit à prier Yahvé de le faire sortir de cet enfer, lui et les autres qui restaient. Il lui demanda de s’excuser auprès de son camarade pour avoir fait preuve d’autant d’égoïsme. Dans son malheur, il avait réussi à recevoir une lettre de ses parents qui s’étaient réfugiés en Suisse. Cette lettre, il la relisait tous les soirs pour se donner la force de continuer à vivre. De jours en jours, sa santé se dégradait, le temps passait mais les jours, les nuits se succédaient. À la fin de la guerre, il a attrapé le typhus mais a survécu, du moins jusqu’à ce que je le quitte.
Pendant toutes ces années je n’ai pas été lavée, ne serait-ce qu’une seule fois. J’ai essayé de les protéger mais face à eux : les nazis, les bourreaux, ceux qui m’ont conçu, les ont condamnés à mourir.
C’est pour que jamais plus je ne sois utilisée, que je suis ici, dans ce musée, au Mémorial de la Shoah. Aujourd’hui on me regarde avec dégoût et j’espère qu’il en sera toujours ainsi...
Lisa RIXTE

 
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