Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

LES BOLS

jeudi 4 juin 2009

Lors de ma visite au mémorial de la Shoah j’ai été fortement marquée par un objet, qui n’est autre qu’un bol, un bol troué. Le guide a mentionné que les Juifs se voyaient dans l’obligation de le garder précieusement et de s’en servir pour manger, car les nazis ne renouvelaient pas leurs vaisselles. Ce qui fait que cet objet m’a particulièrement touché, c’est tout simplement de se dire que les nazis ne leur donnaient presque rien en nourriture et en voir la moitié partir en fumée doit être horrible. Mais cela explique bien des choses, notamment leur maigreur. J’ai donc choisi cet objet, car il illustre bien les conditions de vie terribles des Juifs à l’intérieur des camps durant la seconde guerre mondiale. Ce qui fait que sa place, au sein du mémorial et à mes yeux, est très importante.
Ce jour-là j’étais au magasin, et c’est la petite Lucile qui m’a remarqué, ce qui était tout à fait normal, car j’étais très beau à l’époque. D’ailleurs, elle n’a pas dû insister longtemps pour que ses parents m’achètent, qu’est-ce que je raconte, ce n’était pas la peine, ses parent ont eux aussi craqué directement pour moi, sans me vanter. J’ai vécu beaucoup de moments heureux au sein de cette famille, c’était la belle vie, jusqu’au 24 août 1942. En effet, ce jour a été un tournant décisif dans ma vie, tout a changé, rien n’a jamais été pareil, finis les compliments des invités qui venaient à la maison, finies les soupes raffinées au fumet délicat. À partir de ce jour je n’ai plus vu la famille Meyer.
Je m’en rappelle comme si c’était hier, des Français vêtus de bleu et aux visages pâles m’ont pris avec violence et jeté dans une sorte de caisse avec d’autres objets. Je ne me sentais pas du tout en sécurité, mais le fait de ne pas être seul me rassurait un peu. Ensuite, on nous a tous mis à l’intérieur d’un train, on y était à l’étroit tous entassés les uns sur les autres. On n’y voyait même pas la lueur du jour et cette torture a duré environ quatre jours. Je n’avais jamais été traité de la sorte, si brutalisé et violenté. Je suis tout même un bol de marque et de qualité et ce manque de respect me révoltait.
Mais ce n’était que le début du cauchemar, car arrivé à Auschwitz c’est là que tout a réellement commencé. J’ai vu une quantité importante de personnes maigres, mal en point et sales qui portaient peu de vêtements malgré ce froid, et je ne comprenais pas encore pourquoi ils étaient dans cet état. Au fil des jours j’ai commencé à me fatiguer, car j’ai été réduit à la vie de l’esclavage, j’ai été balancé d’un endroit à autre et j’ai servi à plusieurs reprises sans même être lavé, comme mes semblables et tout ce qui se trouvait dans le camp. Je me suis dégradé de jour en jour avec ce manque d’hygiène. J’ai tremblé de froid, je me suis éteint au fil du temps mais l’espoir de me voir à nouveau libre m’a permis de résister et de me battre. Parfois il m’arrivait de baisser les bras car je voyais trop d’horreurs. En effet, voir que les hommes avaient atteint un tel degré de barbarie et de cruauté me faisait fondre en larmes. Ils avaient perdu toute leur humanité. Les conditions de vie étaient tellement impossibles et affreuses que la survie des Juifs était fragile et ne tenait qu’à un fil. Ils n’avaient même plus assez de force pour me tenir.
D’ailleurs, un jour j’étais avec un jeune homme qui était en train d’agoniser, il m’a laissé tomber et j’ai atterri droit sur une pierre, sur laquelle je me suis ouvert. Je ne pouvais pas lui en vouloir, je le comprenais tout à fait et après tout ce que j’avais enduré, je n’ai ressenti aucune douleur, car j’en ai connu de bien plus fortes.
J’ai été oublié durant deux ans, jusqu’au jour où des Français m’ont trouvé et conservé en attendant de me mettre au mémorial. Ces années-là resteront marquées à vie dans ma mémoire, j’ai été traumatisé par tout ce que j’ai vu et vécu. Aujourd’hui, je suis fier d’être là et de prouver que cela a vraiment existé contrairement à ce que disent certaines personnes qui insultent la mémoire de ces gens. Car ce génocide a été bien réel et j’en suis la preuve vivante même si je suis un peu fatigué. Tant que j’aurais de la force, je vous empêcherai d’oublier ce qui s’est passé.
Loubna AARAB

Durant la seconde guerre mondiale, le bol de soupe, était un objet précieux pour les déportés. Cet objet m’a touchée par le fait qu’à lui seul il a été un réconfort, un moment intense et rare …

Il était une fois, un regard sur le monde ….Un monde abstrait, un monde concret, je ne sais même plus…
Ce dont j’étais le plus sûr, c’était mes appellations, différentes selon mes utilisateurs…« Shussel », mon nom de scène, où les bourreaux prenaient le rôle de producteur...Et ma véritable identité « kleines wunder », petit miracle, par mes compagnons pour lesquels j’avais une merveilleuse et lourde responsabilité…
Hélas, je n’ai pas eu la chance de naître sous un ciel bleu, ensoleillé et parfumé de toutes les couleurs d’été… Je me suis contenté d’un 12 février 1939, l’année d’expansion des camps de concentration … J’ai préféré nommer cette année « ma mission » : celle-ci a consisté à réconforter les détenus. Pour mon premier usage, ma première parution en public, j’étais perdu dans de grandes mains raides, je voyais en elles comme un reflet, mais lequel, je ne le savais pas encore… Mon premier et dernier compagnon, avait le doux nom de Joachim. Il avait à cette époque dix-huit ans, et contrairement à sa famille, il avait été requis pour le travail forcé. Lui était malheureux, il avait tout perdu mais moi, j’ai trouvé en lui un jeune homme courageux, plein de bonne volonté, qui persévérait pour un jour sortir de cette atrocité et retrouver sa petite sœur disparue. Très vite des liens très forts se sont noués entre nous, on essayait le temps d’un repas de s’entraider mutuellement, je lui redonnais des forces par mon pauvre contenu de maigres légumes noyés dans une eau froide et nauséabonde… Lui par son histoire accablante, ses émotions, et sa confiance me remplissaient de joie.
Les années ont passé, Joachim a grandi, il a fêté ses vingt-trois ans, si fêter veut encore dire quelque chose dans un camp. Moi je ne suis plus qu’un vieil objet rouillé et si mince… Joachim est bien faible, et à mon plus grand désespoir, il ne veut plus le peu que je peux lui apporter... Ce jour-là, j’ai senti que quelque chose n’allait pas ; en effet, les nazis, commandés par ce coupable d’Adolf Hitler, ont encore fait une sélection... Mon ami, mon meilleur ami, redoute son heure, épuisé, il sait qu’on ne le gardera pas… J’ai subi depuis le début toutes ses épreuves, oui toutes sans exception, car, par peur qu’on m’arrache à lui, il m’a emporté partout, lui et moi ne faisions qu’un… Ses sentiments étaient les miens, sa haine était la mienne, ce désarroi était devenu notre lot...
Le jour de la sélection, je suis tombé de sa main, j’étais effrayé à l’idée de me savoir seul au milieu de tout ce désordre, cette fumée noire et terrifiante, ces satanés ennemis, qui nous détruisaient, pour ce que l’on était. Je dis « on » car je ne me cite jamais sans lui, mon fidèle ami. Du fond de la cour que l’on apercevait à peine, une voix m’a accablé, une voix d’ordure qui me fit parvenir les mots les plus durs : « Joachim toter mann », Joachim homme mort… Ces mots resteront à jamais gravés dans ma mémoire et ils ne cesseront de résonner dans ma tête … C’est en pensant à lui, que mon âme s’est envolée au commencement d’un été, à partir de là je suis devenu un simple petit objet, passant de main en main, de déporté en déporté, de survi vant en survivant …Pour combien de temps encore ?
Seirina PONZO

 
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