Val de Durance
Lycée
Pertuis
 

Ecriture d’une nouvelle : Le dernier baiser de Serge

lundi 21 avril 2008

Le dernier baiser de Serge

Lorsque Serge devint un homme, il comprit que sa place n’était pas ici. Son enfance dans la solitude lui était devenue insupportable. Sa nouvelle famille l’accueillit mais ne le soutint guère, malgré la mort des siens à l’âge de dix ans. Il eut besoin à son dix-neuvième printemps de voir de nouveaux paysages et de démarrer une nouvelle vie. Il vendit tous ses biens dont il n’avait pas besoin pour accomplir ce voyage.
Serge mit trois jours pour trouver l’endroit rêvé à son ermitage, il était entouré d’un maquis fort dense, dont il pouvait se servir pour n’être vu par aucun être humain. Cet exil fut plus dur que sa période de deuil, l’absence de personne à qui parler le rendit associable et le mit à l’écart de toute civilisation.
Il n’eut pas besoin de se déplacer pendant quelques temps mais cette vie d’ermitage était très dure et épuisante et il finit par tomber gravement malade. Les conseils d’un médecin furent nécessaires. Heureusement dans les jours qui suivirent une amie de longue date ayant eu une relation de 6 mois avec lui, le retrouva.
Les retrouvailles furent froides. L’ermitage de Serge commençait à épuiser ses dernières forces et son associabilité de plus en plus présente le rendit presque détestable. Son amie voyant la fébrilité de Serge, lui proposa son aide pour alléger son fardeau, mais il refusa et resta à regarder son amie disparaître dans la brume créée par l’humidité de la nuit.
L’emprise de la maladie était devenue moins forte grâce au repos et aux conseils de son amie, le besoin d’évasion l’obligea à reprendre sa route. L’air était glacé, sa peau pratiquement nue sentait toutes les brises dans cette forêt dense, il sentait ses poumons se remplir d’un air qui lui glaçait le sang. La sensation de marcher pied nu lui était devenue familière et sa peau devenue dure, ne laissait passer aucune douleur. Il marcha deux heures, jusqu’à ce que l’emprise de la maladie se resserra si fort que son corps ne répondit plus à sa volonté il sentait seulement une forte douleur au cœur qui lui fit perdre connaissance. 
Il ne pouvait ouvrir les yeux, frigorifié il sentait tous ses vêtements humides malgré un corps lourd sur lui qu’il connaissait c’était la douceur d’une couette, cette douceur était devenue étrangère depuis de nombreux mois. Il réussit à ouvrir et une tête familière était au dessus de lui. Il crut un moment que cette personne était un ange car le soleil créa un halo lumineux autour de son visage, une fois qu’il fut bien réveillé il réalisa que ce n’était que son amie. Pour être certain de cette vision, il lui demanda son prénom. C’était bien elle, Gabrielle, elle qui fut toujours là,.Elle resta à son chevet toute la nuit, elle veilla sur lui comme une mère.
Serge dormit d’un sommeil de plomb, aucun rêve ne vint altérer ce sommeil. Cependant il sentit tout au long de la nuit un regard protecteur poser sur lui, Gabrielle était restée là et cela l’apaisait. A son réveil il était seul dans son maquis, comme un fou, il s’interrogea sur ses sentiments vis-à-vis de Gabrielle, et son absence lui devenait de plus en plus lourde.
Gabrielle venait toutes les semaines. Cette compagnie lui était devenue nécessaire à son bien-être. En effet son état s’améliorait. Ces visites moins espacées recréaient des liens entre Gabrielle et Serge, ainsi une complicité s’était établie entre eux malgré les longues années passées loin de l’autre. Ces liens qui se resserraient en peu de temps étaient intenses. Au début Gabrielle qui ne partait qu’en fin d’après midi passa beaucoup plus de temps à ses cotés  jusqu’au point de passer une nuit ensemble.
Serge qui était resté seul depuis de nombreux mois, redécouvrit un plaisir oublié. Cette nuit lui était apparue comme un rêve. A son réveil Gabrielle était partie lui laissant seulement son odeur et des souvenirs que Serge se repassait sans cesse. Gabrielle ne revint plus pendant de nombreux jours. Depuis qu’elle était partie il était restait dans son maquis ne bougeant que pour sa survie.
Elle revint à la nouvelle saison, dés l’aube, elle vint s’endormir à ses côtés. A leur réveil Serge comprit qu’elle resterait avec lui à jamais. Mais ce qu’il n’avait pas imaginé, était pourtant arrivé. Gabrielle lui avoua qu’elle était tombée malade et que sa maladie était sûrement la même qu’il portait depuis de nombreuses années.
La vie de Serge était devenue beaucoup plus agréable depuis que Gabrielle lui tenait compagnie, mais il était rongé de remords pour avoir transmis cette maladie incurable et mortelle. Il comprit alors qu’ils allaient mourir ensemble.
Ils vécurent ensemble pendant un long moment. Ils n’avaient plus aucune notion du temps, ce fléau les faisaient dormir sans cesse et ils trouvaient a peine le temps de ce nourrir. Et ceci ne s’arrangeait pas au fil du temps.
A l’aube d’un jour nouveau, ils se dirent ce qu’ils avaient sur le cœur l’amour qu’ils se portaient l’un pour l’autre et la joie d’avoir vécu ensemble et de mourir ensemble. Ils s’embrassèrent une dernière fois avant de s’endormir pour l’éternité. Hugo Grelet et Olivier Valenciano

 
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