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Ecriture d’une nouvelle : Lorsque Genjhi le poète eut publié son dernier recueil

lundi 21 avril 2008

Le fléau de Genghi

Lorsque Genghi le poète eut publié son dernier recueil, il avait amassé une fortune formidable. Longtemps, il vécut seul dans une humble maison construite en bois, à la recherche d’idées nouvelles pour la création de sa prochaine œuvre. Il vécut dans la souffrance d’un amour impossible, un amour qui le dévorait car il offrait à son compagnon la qualité d’une vie de noblesse. C’était moins que ce qu’il était prêt à offrir mais toute sa fortune fut engloutie par son amour pour lui car il n’était pas le moins cupide des représentants de son sexe. Un jour, Genghi devint incapable de financer plus encore les caprices de son amant, alors, celui qui était sa passion, sa joie de vivre, sa lumière et son inspiration se retira brutalement de sa vie. Dès lors, Genghi se retrouva seul et sans argent. Genghi fut flétri, toute la saveur de ce monde qu’il avait tant chéri devint amère et sans couleur. Perdu dans le fantôme de ses souvenirs, son bien aimé lui apparut. Dans un instant de lucidité, il décida d’accomplir son dernier voyage et d’abandonner un passé trop douloureux. Il souhaita que soit consigné avant sa mort l’étendue d’un amour si intense, si vital qui devint la source de sa folie.
Il mit trois jours avant d’atteindre ce qui lui semblait être le lieu le plus approprié à la rédaction de l’œuvre de sa vie. Il désira s’isoler. Seul, Il regardait les hivers défiler tandis que s’achevaient les dernières volutes de sa volonté. Il s’enfonça dans les ténèbres de ses remords, les mots, au fur et à mesure qu’il les écrivait, perdaient tout sens. Il fut corrompu par de noirs sentiments. Le mensonge de sa vie, sa colère trop longtemps étouffée devinrent l’encre de sa plume, ses lignes furent les lames de sa vengeance. Sun Ji, un jeune homme du village le plus proche chassait dans la forêt. Après avoir été humilié et expulsé de son clan par un père trop exigeant, il avait décidé de se faire pardonner en ramenant du gibier. Vexé, il pensait rester errer quelque temps. Genghi s’en fut par delà les monts nuageux de l’imagination, il explora les contrées lointaines de son esprit, savoura le bruissement de sa pensée et sa plume écrivait tandis qu’il se perdait dans l’idyllique fragrance de ses souvenirs, dans la contemplation de la richesse qu’il avait possédée, sa plume écrivait et déjà la journée allait finir. Le soleil couchant, dans le ciel ennuagé était une fleur de sang. Il pensa que ce qu’il avait écrit était bon. Dans la nuit il rêva d’une femme puissante sur son front nu, une couronne de baies. Il se réveilla et se remit à l’œuvre. Quand il eut fini de concilier cette partie de ses écrits, il alla chercher de l’eau à une source proche et son reflet dans l’onde lui fit l’effet d’un coup de fouet. Il avait fui devant le chagrin :
 « Lâche ! », cracha-t-il
Et le premier mot qu’il prononçait depuis des semaines lui brûla la gorge, alors il s’enfuit et rejoignit son repère. Assailli par de sombres pensées, il prit ce qu’il avait fait mais cela ne pouvait endiguer son amertume. N’arrivant pas à fermer les yeux, obsédé par la valse des flammèches de son foyer, il se leva. Cependant qu’accablé de fatigue, il finit et relut l’intégralité de son roman et alors qu’il en corrigeait les fautes, il s’endormit. Il retrouva l ’avatar dans ses rêves. Une ombre recouvrit son esprit et un sombre pressentiment le fit tressaillir. Dans la lumière du crépuscule, il comprit qu’il ne pourrait revenir en arrière. Personne ne participerait à son départ pour les Contrées éternelles et son cadavre servirait aux animaux sauvages ; alors, Genghi s’empara de la lampe à huile qui l’éclairait souvent tard dans la nuit et entama les ablutions sur son corps…
Sun Ji s’approcha de la grotte qu’il venait de découvrir. Pour la nuit qui ne tarderait pas à tomber, elle serait confortable, il pensa qu’il ferait un feu afin de faire cuire une partie de la biche qu’il avait traquée. Un mouvement dans la grotte le surprit. Il vit une ombre se découper le long de la paroi. Ji s’approcha et il vit, dévoré par la fièvre, un homme d’âge mûr pratiquer un étrange rituel. Il s’assit et se présenta mais l’autre continua de psalmodier. Derrière lui un feu crépitait et, dans le silence entre chien et loup, il semblait résonner de tous les sons de la forêt.
Genghi stoppa ses prières un instant, il avait capté une présence toute proche mais ses sens altérés ne virent que quelques secondes plus tard le jeune homme qui se tenait à l’ouverture du repaire. Soudain, Genghi se raidit, il lâcha un nom. Voyant qu’il ne rencontrait que l’incompréhension du jeune homme, il prit cela comme une insulte de la part de celui qu’il avait aimé. Genghi fut pris de convulsions. Alors qu’il allait s’effondrer, Ji s’élança pour le rattraper. Le vieux fit preuve d’une vivacité étonnante et s’écarta violemment. Il courut vers le feu qui maintenant était imposant et, avant de se jeter dans le foyer ardent il pointa du doigt son étude et cria :
« Mon livre est le réceptacle de mes tourments.
N’ayez crainte jeune homme, j’ai cru reconnaître en vous une personne qui me fut très chère. Hier, j’ai fui lâchement. Aujourd’hui, je sais que je ne suis qu’un sot. Le feu m’apportera la délivrance. Adieu ! »
Il s’enfonça dans le brasier, les lames rouges le transpercèrent, les flammes léchèrent la moindre parcelle de son corps, il cria à pleins poumons et il sembla qu’avant de s’éteindre il avait retrouvé sa voix passée et que sa jeunesse lui était revenue.
Sun Ji s’empara de l’ouvrage maudit et rejoignit son village. Lorsque l’histoire fut ébruitée, on sut qu’il s’agissait de Genghi, le célèbre baladin. C’est ainsi que l’histoire la plus émouvante que connut la contrée se fit connaître. Sun Ji fut de nombreuses fois sollicité jusqu’à sa mort afin qu’il conte cette rencontre avec ce personnage de légende mais il garda pour lui ce qu’il avait ressenti en l’apercevant pour la première fois et l’éclat qu’il avait entrevu dans ses yeux et jamais il ne prit femme et n’eut de descendance.
C’était le récit des événements tels qu’il est rendu dans l’œuvre Genhi ou le destin d’un Homme par Sun Ji Le Vent de Feu et Genghi le baladin au Triste destin.
Car cela était leur nom et ils les méritaient. Loris Reynaert et Alexandre Noble 2nde 6

 
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