Val de Durance
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Michel Agnellet, son histoire.

mercredi 15 décembre 2010, par DELHAYE Boris

 

Au début de l’occupation allemande en 1940, Michel Agnellet est en 3ème au Lycée Buffon, dans le 15ème arrondissement de Paris, il a seulement 13 ans et demi.

En ce lundi 18 Octobre 2010 au lycée Val de Durance, il nous décrit le lycée de son enfance qui pour lui était en forme de « prison », il rappelle le "modernisme" de l’époque avec les tambours pour signaler les récréations ou bien les papiers manuscrits écrits « en masse », pour appeler les lycéens à manifester sur les Champs Élysées contre l’interdiction imposée par les occupants allemands de célébrer l’armistice de la 1ère guerre mondiale (11 Novembre 1918). Michel Agnellet, ainsi que de nombreux élèves de son lycée et des lycées des alentours, découvrirent ces papiers manuscrits. 2 options se présentaient, soit ils le déchiraient, soit ils le gardaient précieusement et y portaient réflexion. Ce furent des étudiants de la Faculté de droit de Paris qui ont distribué des tracts dans les lycées parisiens pour appeler à venir commémorer le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe.

 

Un matin, Michel Agnellet trouva ce papier et c’est alors que tout commença. Son copain Lucien Legros lui demanda : «  Est-ce que tu viens ? Moi, j’y vais ! ». Les manifestants étaient une petite minorité : 99% des Français étaient pour la collaboration avec les allemands, et d’accord avec la politique du Maréchal Pétain.

Michel n’a pas hésité à mentir à ses parents en leur disant qu’il allait faire ses devoirs chez son ami Bernard et qu’il rentrerait plus tard alors qu’en effet, il prit le métro pour aller aux Champs Élysée, il acheta son billet avec ses économies, pour se rendre sur la tombe du soldat inconnu.

Dans la station de métro, il s’aperçut qu’il y avait beaucoup d’enfants et de jeunes. Arrivé au bas des Champs Élysées, il raconte qu’ils étaient de plus en plus nombreux et que le silence absolu régnait. On estimait la foule entre 3000 et 5000 lycéens. Sans le savoir, une autre manifestation se déroulait de l’autre coté des Champs Élysées, chacune d’elle arrivant devant la tombe du soldat inconnu. C’est alors qu’intervint un agent de police en leur disant de partir rapidement après avoir déposé les fleurs, dont la croix de lorraine, symbole de la Résistance.

Michel Agnellet raconta avec émotions le déroulement de la manifestation :

« Les élèves du Lycée Turgot crient vivement et tapent alors le sol avec deux gaules de bois pour symboliser le général. On chante la Marseillaise et les filles agitent des drapeaux tricolores. Mais on entend alors une musique militaire allemande qui s’avance et qui couvre notre chant. Nos aînés rentrent dans les bars, prennent divers objets et les envoient sur les musiciens. Seulement derrière se trouve une compagnie de motocyclistes et d’automitrailleuses qui tirent en l’air et nous encerclent. Il y a 1041 arrestations dont 168 passants, 174 étudiants et 699 lycéens. Ils passeront de 2 à 4 semaines en prison pour interrogatoire afin de connaître les meneurs . Ils sont fichés comme terroristes. ».

 

Le mot d’ordre n’était pas de tuer mais d’impressionner afin d ’abolir toute autre manifestation ou acte de résistance. Il y eut peu de blessés, les allemands ayant surtout tiré au dessus des têtes. Charles de Gaulle juge cet acte comme « une note émouvante et importante ».

Après cette manifestation, considérée comme le premier acte de résistance à Paris, le groupe de 10 personnes composé de M. Agnelet commença à organiser des réunions secrètes dans leur cour du lycée.

Leur professeur de français, M. Raymond Burgard, les repéra et les convoqua dans son bureau.

A leur grande stupéfaction, lui aussi était résistant. Dès lors, il leur donna tous les conseils nécessaires à l’élaboration d’une "résistance discrète" et il leur donna des ficelles en rapport avec les actes de résistance.

A partir de l’année 1942, ce groupe d’élèves a effectué des actes de résistance contre l’occupant allemand.

Ces actes étaient de plus en plus importants : distribution de tracts, destruction de voitures allemandes, déraillement de trains, vol d’armes, attentats contre les officiés allemands, etc.

Les élèves distribuèrent également le journal « Valmy » du professeur, que ce dernier éditait clandestinement. Ces élèves formaient ainsi un petit réseau de résistants non armés. Ce réseau est en effet formé de dix élèves, Michel Agnellet est de ceux-là, Pierre Benoit était le chef et il avait seulement 15 ans. En avril 1942, le professeur est arrêté par la Gestapo à son domicile. Les lycéens organisèrent, à la rentrée des vacances de Pâques, le 16 avril 1942, une manifestation. Pendant dix minutes, tracts et appels sont lancés. Les élèves se dispersèrent alors que la cloche retentit, mais un agent du lycée prévint la police. Les meneurs, Lucien Legros, Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry, Pierre Grelot et Pierre Benoit réussirent à s’enfuir. En 6 mois, ces 10 étudiants firent une cinquantaine d’attentats. Le premier fut celui de la rue de Bussy : il y eut des échanges de coups de feu, ils s’enfuirent en fuite, les clients réalisèrent des portraits robots. 6 des 10 résistants durent se cacher, ainsi que Lucien Legros. À 9, ils volèrent 2 voitures allemandes + des vêtements de soldats allemands pour faire sauter les bombardiers qui partaient sur Londres. Pierre Benoit fut touché au genou par l’officier Allemand.

Les 3 et 4 juin 1942, quatre d’entre eux furent arrêtés ; sur dénonciation d’un d’entre eux et le 28 août 1942, le chef du groupe Pierre Benoit fut arrêté par la milice française.

Le 15 octobre 1942, les cinq jeunes âgés de 15 à 18 ans, sont condamnés à mort par la Lutwaffe et sont transférés à la prison de Fresnes.

De 1942 à 1944, ils furent torturés par les allemands mais ces 5 jeunes gens aussi courageux les uns que les autres n’ont jamais donné les noms des autres personnes du groupe dont Michel Agnellet. Au point même de faire tourner en bourrique les allemands : lorsqu’ils les interrogeaient, ils se repassaient la faute à chacun du groupe de 5.

Photo de Michel Agnellet après la guerre
quand il a 20 ans

Pendant ce temps, Michel Agnellet et ses autres camarades se cachaient afin de ne pas être prit par les soldats allemands.

Le 8 février 1943, les cinq jeunes arrêtés furent fusillés. Mais avant cela, ils écrivirent respectivement une lettre à leur famille.

 

Voici quelques notes sur celle de Pierre Benoit : « c’est la fin, c’est triste de mourir en pleine victoire ! (Stalingrad) c’est dommage, c’est le début de la fin d’Hitler ».

 

Michel Agnellet donna quelques précisions à divers actes de résistance :

-En ce qui concerne les armes, il fallait braquer le commissariat de police, pour cela, ils neutralisèrent 2 soldats allemands armés de P38 (révolver de l’époque). Or, il ne fallait laisser aucune trace, alors, ils les dépouillèrent de leurs vêtements et de leurs armes et faisaient disparaître les cadavres. Pour arriver à leur fin, ils utilisèrent des hachettes. Après avoir obtenu ces révolvers, ils attaquaient aussi les allemands dans les guerrites afin de réquisitionner leurs mitraillettes et des mitrailleuses ainsi que leurs uniformes d’officiers.

-En ce qui concerne l’attentat des bombardiers, Pierre Benoit et ses coéquipiers, après avoir réquisitionné armes et uniformes se rendirent en ce lieu gardé par un seul officier allemand , qui du haut de son mirador, fut ébloui par la lumière des feux, ce qui le rendait aveugle, c’est alors qu’il tira au hasard parmi les bombardiers, il toucha au genou Pierre Benoit. Pour parvenir à leurs fins, les jeunes résistants posèrent des cocktails molotov sur les roues des bombardiers, ainsi ils s’enflammèrent à leurs envols. Par la suite, Pierre Benoit sera amené à l’hôpital, là où il faillit être interrogé par des officiers, or, un membre de l’hôpital avait caché une arme sous son oreiller afin qu’il puisse s’enfuir, il passa par la suite quelques temps à se cacher dans les égouts, puis ayant envie de voir sa fiancée, il donna la mission à un camarade de lui donner rendez-vous à la gare Saint-Lazare, or elle fut suivie, et ainsi Pierre Benoit fut arrêté.

- En ce qui concerne le piégeage de voiture, lui qui était collectionneur de bouchons de radiateurs de voitures, il dévissa le bouchon d’une voiture alors qu’un camarade lui, introduisait du sucre dans le réservoir.

 Un des 10 résistants les trahit, il précisa tristement que ce fut lui qu’il l’avait recruté.

 Il conclut en disant le but de sa visite, qui est de « mettre en garde contre la cause profonde de l’hitlérisme », « résister aux dangers quotidiens, à l’intoxication de ce monde moderne qui fait de nous des esclaves ». Michel Agnellet se définit comme un soldat clandestin qui a servi son pays.

Boris DELHAYE 1°ECO2

 
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